Vendredi 30 novembre 5 30 /11 /Nov 08:00

 

Je parle aujourd'hui sur les Vendredis Intellos de l'apprentissage des nombres à l'école maternelle. C'est un sujet très complexe, mais passionnant, qui met en jeu à la fois la spécificité de la langue française par rapport à la langue anglaise, l'histoire des pratiques pédagogiques dans les pays francophones tout au long du 20e siècle, et la formation des enseignants.

J'ai suivi de très loin le débat entre l'apprentissage de la lecture avec la méthode globale ou la méthode syllabique. Je ne sais pas vraiment ce que ces termes signifient, même si j'en ai une idée intuitive. De toutes façons, je me suis toujours empêchée de lancer des opinions infondées, ou fondées seulement sur mon expérience, voire sur l'expérience de mon entourage.

Il me semble que ces sujets, comme la plupart des sujets en lien avec l'école et les apprentissages devraient être laissés à ceux dont c’est le métier : les pédagogues, les chercheurs, les didacticiens. Les professeurs ? Oui et non. Je ne nous crois pas qualifiés pour apporter grand-chose à de tels débats fondamentaux, étant données la vacuité de notre formation, notre méconnaissance de l'histoire de la pédagogie, de l'histoire de l'enseignement de notre discipline, étant données nos méthodes de travail basées majoritairement sur l'intuition personnelle et sur l'expérience (car nous ne savons pas faire autrement !) (et ce n'est pas nécessairement toujours mauvais).

Je sais qu'avec ces derniers mots, je vais en fâcher plus d'un.e. Alors je précise ma pensée :

Nous, professeurs, faisons le plus souvent notre métier du mieux possible, nous progressons tous les ans, et même tous les jours, il nous arrive d'éprouver des satisfactions pédagogiques, de déceler l'étincelle dans l’œil de l'enfant qui a compris... Nous ne sommes pas des incapables tout juste bons à appliquer des directives émanant (dans le meilleur des cas) d'experts dans notre discipline et en sciences de l'éducation, sans donner notre avis.

Mais notre travail de pédagogues sur le terrain est complémentaire de celui des chercheurs. Il ne s'y substitue pas, il devrait s'en nourrir. Je rêve d'avoir une heure ou deux par semaine pour lire, et surtout travailler, sur les dernières publications en didactique des mathématiques ou en pédagogie, entourée d'autres professeurs et d'intervenants extérieurs. En mathématiques, on a la chance incroyable, si on le désire, de pouvoir faire partie d'un groupe de travail dans un IREM (Institut de Recherche sur l'Enseignement des Mathématiques), ces instituts installés au sein des universités, ouverts aux professeurs du secondaire. Mais même si certaines de nos activités dans les IREM peuvent être rémunérées, il n'y a pas de décharge horaire, et surtout, ces participations ne sont pas généralisées à tous les professeurs. Bref, je rêve d'une véritable formation continue.

 

 

En tant que parents, même profs de math, je ne crois pas que nous ayons fondamentalement besoin de connaître en détails l'histoire des apprentissages numériques. De même que je précise aux parents de mes élèves collégiens et lycéens que leur rôle n'est pas d'expliquer la réciproque du théorème de Pythagore ou l'écriture exponentielle d'un nombre complexe, mais d'accompagner leurs enfants dans l'organisation de leur travail personnel et surtout de leur offrir un environnement propice aux apprentissages (rythmes de sommeil, loisirs...), je pense qu'un parent d'enfant de moins de 6 ans devrait simplement pouvoir faire confiance à l'école maternelle. Il est alors rassurant de savoir que l’Éducation Nationale est agitée par des débats sur la méthode globale ou la méthode syllabique, car cela signifie que les acteurs de l'éducation réfléchissent et se forment. Il est donc inquiétant de ne (presque) jamais rien entendre sur les apprentissages numériques. C’est pourquoi la publication de l'article de Rémi Brissiaud par le Café Pédagogique me donne un peu d'espoir !

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Vendredi 9 novembre 5 09 /11 /Nov 19:00

Je vous ai déjà parlé des Vendredis Intellos. J'y ai publié il y a quelque temps mon premier commentaire, pour ajouter mon grain de sel mathématique à un article sur l'apprentissage de la lecture. Cela n'avait a priori rien à voir, et en validant mon commentaire, je me suis dit qu'on allait gentiment (parce que le respect règne, aux VI) me faire remarquer mon hors-sujet. Mais non ! Et on me donne même l'occasion maintenant de participer au blog : on réclame mon grain de sel mathématique !

Alors c'est avec grand plaisir que j'apporte ma première contribution aux Vendredis Intellos. Je vous parle de Stella Baruk vue par moi-même. Ce n'est pas une biographie, ce n'est pas une critique, ni positive ni négative de ses "théories", je vous parle plutôt de ma relation à sa parole. Et ça se passe là-bas...

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Lundi 29 octobre 1 29 /10 /Oct 08:00

Je lis assez peu de blogs de profs.

Mais quand je tombe sur un article sur l'Education Nationale, souvent hébergé par un grand média (L*bé, Rue*89...), c'est toujours pareil, je ne peux pas m'empêcher de lire les commentaires. Et c'est toujours pareil, c'est désolant.

Il y a ceux qui critiquent ces fainéants de profs immobilistes, et ceux qui défendent ces profs courageux engagés dans leur vocation qui se sacrifient dans un désintéressement total.

Personne pour rappeler que les profs sont des travailleurs, des salariés. Et qu'il faudrait peut-être qu'on les aide à se poser des questions sur leurs conditions de travail avant de faire le boulot de leur direction, de leur inspection, avant de se former eux-mêmes avec des bouts de ficelle, de faire le boulot du service de ressources humaines, de donner leur numéro de téléphone personnel aux parents, de répondre à leurs emails professionnels le samedi à 16h32, d'assurer quand même un conseil de classe programmé un jour de grève.

Comme je l'ai dit vendredi, "ce n'est pas aux professeurs de trouver des solutions aux problèmes de gestion des ressources humaines dans l'Education Nationale". Bref, chacun son boulot.

 

Dans le cadre d'une mission un peu particulière à mon poste - dont je ne parle pas ici en détails par souci d'anonymat - je fais moi-même avec une petite équipe, sans rémunération particulière, l'équivalent de l'élaboration d'un programme officiel, c'est-à-dire le boulot au moins de l'inspection. J'y trouve mon intérêt quand même, raison pour laquelle je reste dans ce groupe de travail. Mais si nous continuons comme ça, ces "programmes" ne seront jamais élaborés de façon rigoureuse, relus, critiqués, modifiés. Et c'est toute une partie du système qui se décharge de cette responsabilité.

 

Allez, encore un exemple où, à première vue, je m'intéresse à mon intérêt personnel avant celui des élèves, justement parce que j'estime que ce n'est pas mon rôle :

J'ai arrêté depuis quelques années les voyages scolaires. Quand nous acceptons de travailler 24 heures sur 24 pendant plusieurs jours, avec des responsabilités très différentes et beaucoup plus importantes que d'habitude, sans rémunération, nous déchargeons le système d'une hypothétique obligation de moyens (pas nécessairement financiers) pour assurer aux élèves la sécurité physique, morale et affective indispensable pour un tel séjour.

Si plus personne n'organisait de voyages scolaires, on pourrait peut-être espérer une réaction des usagers du service d'éducation, donc une réaction des responsables de ce service d'éducation. Et si cette réaction n'avait pas lieu, on voterait mieux la prochaine fois.

 

Dans une entreprise quelconque, ce n'est pas aux travailleurs de défendre les intérêts des clients. Dans le cadre d'un service public non plus, ce n'est pas aux travailleurs de défendre les intérêts des usagers. Faire bien son travail, c'est assurer une partie du service, donc satisfaire une partie des attentes des usagers. Mais le travailleur n'est pas la seule composante de l'élaboration de ce service.

Chacun son boulot, et surtout chacun ses responsabilités.

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Vendredi 26 octobre 5 26 /10 /Oct 08:00

Suite de mon article de mercredi.

 

Et moi, pourquoi ai-je fait ce choix ?

Pour cette année scolaire, pendant laquelle ma vie est appelée à être complètement bouleversée, je voulais, au contraire, dans mon travail, changer le moins de choses possibles par rapport à ce que je faisais les années précédentes. Je voulais des niveaux que je connais bien, des niveaux que je trouve intéressants, et des niveaux pour lesquels le programme a été peu modifé.

Il y a eu pas mal de modifications dans le programme de Terminale S pour cette année, dont des notions qui n'ont jamais été enseignées en France au lycée, et qui ont été très mal enseignées aux profs de math pendant leurs études. Mais les programmes des autres filières de Terminale ont beaucoup plus changé, et surtout je les connais moins bien. Les programmes de Première dans toutes les filières sont nouveaux pour moi, puisque je n'ai pas eu de Premières l'année dernière lorsque les changements ont été mis en place.

J'ai aussi choisi une classe de Seconde, niveau que je connais très bien, dont j'ai travaillé sur le nouveau programme il y a un an.

J'ai, de plus, demandé à être prof principale de Seconde, comme d'habitude. Ce qui a été accepté sans problème (une membre de la direction est quand même bien plus rigoureuse et cohérente que les autres).

Quant à mes collègues, ils sont extrêmement choqués qu'on puisse "abandonner" des Terminales S une partie de l'année, alors qu'un changement de prof principal dans une année aussi décisive que la Seconde ne leur fait ni chaud ni froid.

 

Je comprends parfaitement la peur de toutes ces personnes qui ne sont pas d'accord avec mes choix : nous connaissons tous les dysfonctionnements du système de remplacement dans l'Education Nationale. Nous avons tous connu des classes qui ont vu défiler 6 profs de math pendant une seule année scolaire ou qui ont cumulé 3 mois sans prof de math ou tout ça à la fois. Et, cela commence à se savoir, la pénurie de profs de math depuis deux ou trois ans est dramatique.

Mais on m'a trouvé un remplaçant en deux jours. Je soupçonne que si je n'avais eu "que" des Premières ou des Cinquièmes, cela aurait été bien moins rapide.

 

Il y avait des risques qu'on ne me remplace pas, ou qu'on me remplace mal ? Ce n'est pas mon problème.

Ce n'est pas aux professeurs de trouver des solutions aux problèmes de gestion des ressources humaines dans l'Education Nationale.

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Mercredi 24 octobre 3 24 /10 /Oct 08:00

Une femme enceinte ne peut pas faire le même travail que d'habitude. Elle ne peut pas non plus faire le même travail que ses collègues non enceint.e.s.

Non non attendez, n'appelez pas les prud'hommes tout de suite. Je plaisante. Je vous ai fait peur, hein ?

Et pourtant c'est ce que j'entends au boulot depuis le début de ma grossesse. Pas exactement ces mots-là, non, quand même, c'est trop gros. Mais des choses du genre :

- Tu ne peux pas prendre de Terminale S cette année, alors que tu vas partir en congé maternité, quand même ! (le même collègue qui affirme que la testostérone s'active chez les garçons dès 3-4 ans)

- Tu voudrais pas prendre des Terminales ES, plutôt ? (une collègue dont j'ai du mal à comprendre la logique... math en ES : coefficient 5)

- Madame, dans mon précédent établissement, j'ai préféré donner une Première S, plutôt qu'une Terminale S, à une prof de math enceinte. Elle n'était pas très contente au début. (la direction de mon établissement)

- Tu comprends, ces élèves-là ont besoin d'être bien suivis, ça m'arrangerait que ce soit pas toi, leur prof de math cette année, tu comprends. (le prof principal d'une Terminale S) (une fois "tu comprends", déjà, c'est louche, alors deux fois...)

Et bien d'autres propos du même genre qui ont été tenus face à moi ou pas.

Et alors, alors, alors, June, tu les as eus, ces Terminales S, finalement ? Bah oui !

Aussi incroyable que cela puisse paraître après avoir lu ce qui précède, rien n'a fait obstacle à ce que cette classe me soit accordée.

Parce qu'il est d'usage de laisser les équipes disciplinaires se répartir les classes sans intervention de la direction, sauf problème particulier. Et qu'aucun de mes collègues n'a osé entamer une vraie conversation avec moi pour me faire changer d'avis et surtout comprendre pourquoi je persistais dans mes demandes. Personne n'a osé m'opposer les arguments habituels (changer de prof au milieu de l'année c'est dur pour les élèves, et puis les remplaçants ils changent aussi souvent, surtout en math, on en manque donc on fait appel à des gens non formés...) (parce que nous on est formés ? lol). Donc la répartition des classes a été présentée telle quelle à la direction. Qui avait des problèmes avec d'autres disciplines, donc personne ne s'est penché sur le cas de cette prof de math enceinte qui a le toupet de prendre des Terminales S avec un congé maternité en plein milieu.

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