sot métier

Publié le par June Prune

J'ai toujours travaillé dans des établissements scolaires dits difficiles. Élèves de milieux défavorisés, résultats au bac faibles, problèmes de discipline. Par choix.

Régulièrement, des profs affirment haut et fort qu'ils cherchent à partir à tout prix, à aller dans des lycées plus tranquilles, à fuir. D'autres expriment très ouvertement leur angoisse de tomber dans un établissement qui craint, disent qu'ils ne voudraient surtout pas être envoyé "là où tu es, je sais pas du tout comment tu fais".

Outre le fait que ce n'est pas comme ça que ces établissements vont sortir de la spirale infernale de l'échec et de la mauvaise réputation, nous sommes aussi très affectés par ces expressions de dégoût, nous qui travaillons là, nous qui recevons ces commentaires en pleine figure. Manque de reconnaissance de notre travail. Manque de respect de notre travail. Non, on ne nous admire pas d'être capables de supporter ces sauvageons, non on n'envie pas notre "autorité" ou notre capacité à nous faire respecter. Non. Tout simplement, on ne nous comprend pas, on nous prend pour des fous ou des illuminés.

Bien sûr, on est impressionné par la capacité à survivre du balayeur, du travailleur du sexe ou du chef de projet chez Fr*nce Téléc*m. Mais on ne voudrait pas être à sa place. Ce n'est pas de l'admiration ou de l'envie. Il le sait très bien, mais on évite de lui dire en face, de lui rappeler toutes les cinq minutes l'horreur (supposée) dans laquelle il vit.

Je le sais très bien, que Miss Élitiste prof de physique, ou Mister Dans Son Monde prof d'histoire ne voudraient pas être mes collègues. Mais ont-ils besoin de le crier sur le toit de mon lycée ?

 

 

Strange what desire will make foolish people do.

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Margo 10/05/2011 17:26


Hélas non pas de mutation... Bon, je ne vais quand même pas trop me plaindre car j'ai un poste fixe et plus l'angoisse de savoir où je serais à la rentrée!


Margo 27/04/2011 22:03


Moi je suis étonnée du soutien de parfaits inconnus que je peux croiser en soirée et qui me trouvent très courageuse d'avoir quitter famille, chéri et amis pour aller enseigner à 600km de chez moi!
Leurs "Oh, j'aurais aimé avoir un prof aussi sympa et motivé que toi!" me met quand même du baume au coeur...
En revanche, c'est vrai que j'ai hâte de me barrer et d'aller sous des cieux plus cléments...


June Prune 07/05/2011 12:07



Quand il s'agit de soutien sincère pour nos choix, alors ça va. Quand ce sont des collègues comme toi, qui souffrent d'être loin de chez eux, je comprends. Mais pas quand ce sont des profs de
Paris intra-muros qui demandent tous les ans des lycées prestigieux à quelques rues de là, pour pouvoir quitter au plus vite ces sauvageons, et qui, en attendant, ne s'investissent pas du tout et
font le minimum dans leur établissement, qu'ils méprisent profondément...


Désolée d'avoir été aussi longue à répondre, et bon courage pour les dernières semaines. Pas de mutation en vue pour l'année prochaine ?



Lisa Dawn 24/04/2011 18:12


C'est clair que ton choix est très minoritaire. Et ça m'étonne. Parce que pour moi un prof c'est quelqu'un qui a envie de faire découvrir des choses à ceux qui n'ont pas la possibilité de le
découvrir par eux-mêmes. Donc peu importe l'endroit et si on arrive à faire passer des connaissances auprès de gens qui ont tout autour d'eux pour les décourager, c'est encore mieux.

J'ai l'impression que beaucoup de profs sont influencés au cours même de leurs études par ce discours "la banlieue c'est l'enfer". Comme tu avais dit une autre fois à propos d'une formation (pour
la colo je crois), finalement les adultes intègrent l'idée qu'un "bon" enfant/élève, celui qu'on aime bien, c'est celui qui fait ce qu'on attend de lui. Donc c'est plus facile d'aller dans un
endroit où on a des chances d'avoir de "bons" élèves. C'est tentant. Et à mon avis c'est d'autant plus dur pour les jeunes profs quand ils découvrent qu'en fait des problèmes de discipline et des
gamins qui ne découvrent jamais l'étincelle du "j'ai compris !" il y en a partout. Résultat ils se disent "ohlala mais dans un établissement difficile ça doit être tellement horrible !"

Le fait est que quand mes parents sont devenus profs, ce n'était pas le même métier, surtout du côté de la discipline, et j'ai l'impression que beaucoup de gens croient encore aujourd'hui qu'ils
peuvent être les profs d'il y a 30 ans.

J'imagine bien que ça doit faire mal parfois, mais tu sais tout le monde ne pense pas non plus que tu es une illuminée. Je te trouve courageuse de ne pas choisir "la facilité", je ne dirais pas que
je t'admire pour ça mais en tout cas je suis vraiment contente de connaître quelqu'un comme toi.


June Prune 07/05/2011 12:02



Le truc, c'est que ça s'apprend ! Mais il se trouve que la formation des enseignants est extrêmement mauvaise. Certainement encore plus depuis ces derniers mois qu'avant (quoique je vois mal
comment on pouvait faire pire). Si les futurs profs recevaient une formation de qualité, et si les profs continuaient à être formés tout au long de leur carrière, il serait possible de s'adapter
aux évoutions de la société, sans en souffrir comme c'est le cas pour de nombreux profs en milieu/fin de carrière. J'ai l'impression que ça me guette déjà, c'est dire... Le fait que je ne
supporte plus trop les discours qui dénigrent mon métier montre que je ne suis peut-être plus aussi à l'aise qu'avant, quand ces discours ne m'atteignaient pas du tout.



Philémon 23/04/2011 00:08


Ca me fait penser à ma fille quand elle est entrée dans son magistère à la Sorbonne. La pauvre, elle a cumulé : banlieue est, conseillère municipale d'une mairie communiste, sociologue, mère
célibataire à 21 ans, parents divorcés...
Bref, bien loin des canons admis dans cette prestigieuse école.
Moi, je préfère les chemins de traverse, les côtés un peu fêlés des gens, mais comme je suis assez prosélyte dans le genre, j'aimerais bien que vous me présentiez la Miss Elitiste, je me fais fort
de la dévergonder, celle-là :D


June Prune 07/05/2011 11:57



Mais je ne vous avais pas répondu !


ok à l'occasion je vous présenterai tous les profs élitistes insupportables que je connais (ah, s'il n'y en avait qu'une...)