parler tout seul

Publié le par June Prune

C'est une maladie de l'éducation nationale. La dépression ? Non (quoique). Mais parler tout seul. Combien entend-on de profs râler dans leur barbe en s'affairant devant leur casier... Combien entend-on de profs s'adresser à la cantonade en salle des profs, absolument pas inquiets lorsque personne ne se tourne vers eux ou ne leur répond...

Hier matin, je m'affairais devant mon casier. (Silencieusement.) J'aperçois du coin de l'oeil un collègue que j'essaie habituellement de fuir. Le genre bizarre qui sent mauvais, qui râle tout le temps contre les élèves et l'administration et le niveau qui baisse, en prenant à témoin celui qui a le malheur de se trouver là. Il a, de plus, une particularité : il porte des sabots. Non pas des sabots printemps-été 2007. Des sabots plutôt hiver 1912. Pour le plus grand plaisir des élèves qui adorent le détester et se moquer de lui.

J'aperçois ce personnage du coin de l'oeil donc, et je l'entends du coin de l'oreille marmonner : "Elle fait jamais grève celle-là."

Ben non elle fait jamais grève celle-là. Si tu veux m'en parler en face, pas de problème, discutons engagement et militantisme, j'adore ça. Ou plutôt non, ne viens pas m'en parler, je n'arriverais ni à retenir un fou rire à la vue de tes pieds, ni à retenir une moue de dégoût pour ton personnage tout entier.

 

Lundi je discutais de demi-groupes par email avec une collègue. Je mentionne les cours du lendemain, quand elle me répond : "Ben alors June, tu fais pas grève !!" Entre les lignes j'ai senti une pointe de reproche, je sais que je l'ai choquée, elle qui connaît mes engagements associatifs. Mais elle a été infiniment plus respectueuse malgré tout que l'homme aux sabots.

On n'en est pas encore à parler ouvertement de mes raisons de "ne jamais faire grève". Je comprends au détour des conversations que beaucoup de mes collègues se posent des questions sur moi : je semble "de gauche", je milite activement pour des causes qui font bonne impression à tout prof lambda, je vais même jusqu'à réagir au quart de tour en toute situation, en cas de propos sexistes ou discriminatoires. Mais je ne fais pas grève. Je ne sais pas de quoi ils ont peur, pourquoi ils ne me posent pas la question ouvertement. On peut discuter de plein de sujets plus ou moins sérieux à la cantine, sur les divans de la salle des profs, autour d'un verre après un conseil de classe. Mais la grève, c'est le sujet tabou.

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lou-ève 08/11/2011 13:40


Et alors pourquoi tu ne fais pas grêve ??


June Prune 10/11/2011 22:30



en résumé (mais j'en parle régulièrement sur ce blog) : parce que je pense que ce n'est pas un moyen d'action efficace. D'autre part j'ai fait le choix de militer pour l'éducation populaire et
aussi pour les droits humains... mais pas pour l'éducation nationale ni pour l'écologie ou la protection des animaux : je ne peux pas m'engager sur tous les fronts (même si j'aimerais bien !)



Philémon 28/09/2011 12:17


Moi, ce que je lis, c'est que les profs ça picole après les conseils de classe, tout en étant vautrés dans des canapés dans la salle des profs...
Je suis pas loin de penser comme Not'bon maitre, qui trouve que ce sont des privilégiés :D


June Prune 02/10/2011 12:46



privilégiés et dévergondés... mais que va-t-on faire de nous ?