merci Audrey (bis)

Publié le par June Prune

J'avais eu aussi envie de publier une autre copie de la chronique À rebrousse poil d'Audrey Pulvar sur les violences faites aux femmes. J'ai un peu traîné, mais mieux vaut tard que jamais. Audrey, merci à nouveau.

 

« Une tous les deux jours et demi. Une tuée tous les deux jours et demi. Et combien de grièvement blessées, chaque jour. Combien de pliées, humiliées, foulées, écrasées au jour qui meurt, au jour qui vient, on est en France, 2010 et une femme est tuée, tous les deux jours et demie, par son compagnon. Des enfants meurent aussi, des hommes, un tous les 15 jours. Une femme tuée tous les deux jours et demie. Elles sont par ailleurs entre 1,5 et 2 millions, dans notre pays, à être confrontées à des situations de violence au sein même de leur foyer. Des coups, des insultes, des menaces, blessures à l’arme blanche, portrait refait, côtes fracturées, bras, nez, dents cassés. Parfois une « simple », entre grands guillemets, simple mais intolérable et illégale pression psychologique : ascendant, manipulation, chantage. La lutte contre les violences faites aux femmes a été déclarée grande cause nationale en 2010. Ah oui ? Un discours en début d’année, quelques événements et puis, et puis ? Ça nous aurait presqu’échappé, non ? Une loi, votée cet été, insuffisante selon les associations, un décret publié il y a trois jours : il permet aux juges de délivrer en urgence une ordonnance permettant d’éloigner le conjoint ou ex-conjoint violent. On attend toujours la création, promise, d’un Observatoire national des violences faites aux femmes.

On attend encore, de la part des villes, des communes, des départements la création de places supplémentaires, pour accueillir ces femmes et leurs enfants, les aider à re-construire une vie hors le périmètre du conjoint violent. La violence entre amoureux, conjoints, compagnons, époux. Il n’y a pas d’âge, ni de condition sociale pour cela.

Ce sont des jeunes filles violentées ou des sexagénaires tuées. Du plus bas au plus haut de l’échelle sociale. Il y a quelques jours encore, à Montpellier, une femme de 40 ans, tuée d’un coup de fusil à la tête par son mari, qui a aussi blessé leur fille à l’abdomen.

C’est à toutes celles-ci et à toutes celles-là, qu’on pensait hier, en entendant les applaudissements, les euphémismes, les esquives, à l’annonce du retour sur scène de Bertrand Cantat. L’homme a purgé sa peine. Payé sa dette à la société. Il y a 7 ans, à Vilnius, en Lituanie, il avait battu à mort sa compagne. Ça c’est la réalité des faits, à défaut d’être la formule consacrée. On préfère parler de drame passionnel. Ah oui ? De la passion, les coups à la tête ayant entraîné le décès, plusieurs jours après de l’actrice Marie Trintignan ? Il s’en trouva pour sous-entendre que tout cela n’aurait peut-être pas eu lieu sans le caractère de tigresse de la victime. Bertrand Cantat a été condamné à 8 ans de prison. Il a bénéficié, c’est la loi, elle est valable pour tous, d’une remise de peine, au bout de quatre années d’emprisonnement.

On pense, à la profonde mélancolie de Marie Trintignan. A toutes ces femmes, moins connues, anonymes sous les coups de leur compagnon, et dans leur cercueil. Une tous les deux jours et demie. Alors ? Alors ni appel à la vengeance, ni remise en cause d’une décision de justice. Plutôt un rappel à la vigilance. Bertrand Cantat ne doit plus rien à la société. Il a payé. Ce que Bertrand Cantat a fait n’est pas seulement grave, mais terrible, épouvantable. C’est un crime. Un homicide.

3919, le numéro gratuit de Violences conjugales info. »

 

Comme cette chronique avait fait beaucoup moins de bruit que celle de lundi (le sexisme choque moins que le racisme, c'est bien connu), j'essaie d'en faire un peu de mon côté.

Et dans un autre style... Je ne regarde plus beaucoup les Guignols de l'Info, mais l'autre jour je suis tombée par hasard sur l'émission du 14 octobre, et leurs quelques secondes sur le concert de Cantat sont hilarantes. (Je ne mets pas de lien, je vous laisse chercher : vous envoyer sur une vidéo qui commence par 30 secondes de pub, cela m'est impossible, et je n'ai pas le temps de chercher un lien gratuit)

 

 

We both have shiny happy fits of rage.

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Alice 23/10/2010 13:45


Ca fait du bien de lire ça. Merci d'avoir relayé les paroles de cette journaliste.


June Prune 23/10/2010 14:38



J'étais sûre que ça te ferait plaisir. J'ai tout de suite pensé à toi en entendant cette chronique !



Marine 22/10/2010 17:10


Tu me donnes vraiment envie de me lever tôt pour l'écouter !!!!


June Prune 23/10/2010 14:30



On peut relire sa chronique sur le site de France Inter tous les jours, sinon !



Philémonc 22/10/2010 11:15


Pffff, va quand même falloir que je me lève à 6 heures du mat, moi...
Comme elle, j'ai été très mal à l'aise du retour sur scène de Cantat, bien qu'il ait purgé sa peine, et qu'il fasse un peu profil bas.
On attend peut-être de lui qu'il témoigne différemment, voire qu'il s'engage...


June Prune 23/10/2010 14:28



(vous avez changé de nom ?)


Effectivement, ce serait une bonne surprise que Cantat s'engage, mais je ne sais pas pourquoi, je n'y crois pas...