débuts

Publié le par June Prune

J'enseigne en collège, en plus du lycée, pour la troisième année. En Troisième (je ne connais pas encore les autres niveaux). Avant ça, j'ai eu beaucoup de classes de lycée, pas mal de filières, mais surtout des Secondes pendant 5 ans. Des Secondes bien, bien faibles, typiques d'un lycée de banlieue parisienne, accueillant des élèves très défavorisés. Chaque fois, c'était une expérience très formatrice et enrichissante, épuisante aussi. Au bout de ces 5 ans, quand j'ai quitté ce lycée de banlieue pour une cité scolaire parisienne, c'est-à-dire un établissement composé de classes de collège et de lycée, je ne me sentais plus débutante. J'avais évidemment, et j'ai encore, et j'aurai toujours, beaucoup à apprendre, mais je n'avais plus tout à découvrir. Tout le monde me disait : tu vas voir, les Troisièmes, c'est comme les Secondes, tu n'auras aucun problème.

Non. Les Troisièmes, ce n'est pas du tout comme les Secondes ! En Seconde, les élèves en échec ne le sont que depuis la rentrée. L'année précédente au collège, même s'ils n'atteignaient que difficilement 9 de moyenne, ils n'étaient pas en échec. Autrement dit, ils n'avaient pas 4. Sinon, ils ne seraient pas en Seconde. En Troisième, les élèves en échec le sont très souvent depuis 4 ans !!! 4 ans pendant lesquels ils entendent à travers leurs résultats faibles qu'ils sont nuls, qu'ils ne valent rien, qu'ils ne réussiront jamais rien dans la vie, qu'ils sont tout juste bons à s'asseoir là et à attendre. Alors ils en ont marre, et préfèrent ne rien faire plutôt que d'entendre ce refrain à nouveau. Et avec un peu de chance, s'ils montrent ostensiblement qu'ils ne bossent pas (et si ce sont des garçons, ça aide), on leur dira qu'ils ont un potentiel de ouf qu'ils sont en train de gâcher. C'est quand même mieux que "elle essaie, elle est sérieuse, mais elle est bête." [oui, je sais je mélange un article passionnant d'analyse comparative du collège et du lycée avec des petites piques féministes anti-profs, et alors ?]

Donc le collège et le lycée, rien à voir. Rien à voir du tout.

Alors oui. Je suis débutante. À nouveau. J'ai tout à apprendre sur l'enseignement au collège. Si jamais j'ai eu des formations sur la pédagogie au collège pendant mon année de stage IUFM il y a 8 ans, je ne m'en souviens plus. Et pendant les deux dernières années, je n'ai appris que de moi-même, ce qui est déjà pas mal, mais infiniment plus long qu'avec quelques bons conseils par-ci par-là (et qu'avec une véritable formation, j'en ai déjà parlé mille fois). Ces deux dernières années, donc, c'était chacun pour soi, dém*rde-toi, de toutes façons au brevet blanc, on donnera des exercices pourris portant sur un programme officiel vieux de 15 ans, et portant vaguement sur ce que tous les profs de Troisième auront traité, c'est-à-dire 2 chapitres sur 15, vu qu'on s'est pas parlé de l'année et qu'on a tous adopté une progression différente. Ambiance.

Il fallait faire quelque chose. Ce que j'ai fait. Je vous raconte ça la prochaine fois.

 

Les macarons Pierre Hermé sont délicieux, autant que des Ladurée, mais plus originaux. Mmmmmh chocolat au lait-fruits de la passion. Mais des boutiques Pierre Hermé poussent comme des champignons, des Champs Élysées à la rue Cambon. Perdront-ils de leur charme, ces little pieces of heaven ?

 

 

Tu sais, la différence, c'est le chagrin.

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sylvain euriot 10/10/2010 18:04


moi je suis en collège aussi cette année pour faire le surveilleur, effectivement le niveau en Français est catastrophique pour beaucoup, c'est assez fou. Et je ne suis pas du tout dans une école
réputée difficile ...


June Prune 12/10/2010 21:09



et bizarrement ça s'arrange pendant le lycée, et c'est plus si catastrophique au bac (même bacs techno ou bacs pro). Allez restons optimiste !



Lisa Dawn 07/10/2010 04:57


Cette fois c'est moi qui ai pris du retard dans la lecture de ton blog =).
Mais sache que j'aime beaucoup cet article.

Le "elle essaie mais elle est bête", je l'ai aussi beaucoup entendu au masculin et j'ai toujours trouvé ça révoltant, même sans être féministe. Parce que j'entendais ça quand j'étais la déléguée et
que je connaissais très bien chaque personne dont ils parlaient et qu'ils pensaient avoir cernée alors qu'ils la voyaient chacun 2 ou 4h par semaine.

Qu'est-ce qui était le + énervant, finalement ?
Entendre "elle essaie, elle est bien brave, on va lui mettre les encouragements même si on sait qu'elle ne peut pas faire mieux" à propos d'une amie tellement anxieuse qu'elle bâclait tout pour
avoir fini + vite et arrêter de se sentir mal (mais finalement se sentir mal quand même à l'idée qu'on sait déjà qu'on a complètement raté) ou bien entendre la même chose à propos d'une connasse
qui se vantait d'aller en boîte tous les samedis, qui te tartinait la tête de maquillage à la truelle, qui recopiait ses exos de maths sur ceux des autres pendant la récré et qui, entre 2
ricanements pour faire croire qu'elle suivait, criait de temps en temps sans lever la main "monsieeeeur vous pouvez répéteeeer ? j'ai pas compris làààà" ?

En tout cas, bon courage, les classes de collège c'est TRES différent du lycée, je ne comprends pas comment on a pu te dire le contraire. Et en 3e, tout le monde en a juste marre. Les mauvais
élèves parce qu'ils n'en peuvent plus d'être des mauvais élèves, les moins mauvais parce qu'ils en ont marre de traîner dans cette sale ambiance où reconnaître qu'on est content d'apprendre des
choses est une erreur impardonnable.

Mais tu vas t'en sortir ! Tu ne leur redonneras sûrement pas à tous la curiosité nécessaire, mais tu devrais bien en faire réagir quelques uns =).


June Prune 08/10/2010 21:14



les deux personnages sont tellement bien décrits !


 


Et moi je ne sais pas comment j'avais pu oublier à quel point le collège et le lycée étaient différents, tu as tout à fait raison ! Mais je m'en sors ! Et plutôt bien, en fait ! (j'ai une
fâcheuse tendance à l'auto-flagellation)



keisha 02/10/2010 09:13


T'inquiète, on se sent nouveau toute sa vie! Chaque année, de nouvelles découvertes ^_^ Aaah la description des Troisième, c'est bien ça!
Un métier où on ne sait jamais comment l'heure va se dérouler (enfin, si, un peu, mais on n'est pas à l'abri d'une chute de chaise ou d'une demande de mouchoir...)


June Prune 03/10/2010 16:34



et c'est vrai que c'est ça qu'on aime, l'imprévu et la nouveauté constante !



Céline 27/09/2010 16:38


Pour les mut' intra, j'ai fait plein de voeux en lycée... je n'en ai eu aucun... :-(
J'attaque ma 4eme année en collège... j'adore, vraiment... mais mon envie + + + d'enseigner en lycée ne sera pas satisfaite avant un long moment, je sais que je n'aurai pas de mut' d'ici 5 ans
minimum - en étant très optimiste - ce qui fait, allez, une dizaine d'année minimum en collège...
j'apprends un peu plus sur l'enseignement du collège chaque jour. Et en parallèle, j'ai de moins en moins d'espoir de pouvoir un jour enseigner en lycée tout en ayant une appréhension grandissante
de recommencer quasiment du début niveau enseignement et de ne pas avoir de repères, si un jour je finissais par obtenir une mut' 100% satisfaisante ( à savoir, dans ma région ET en lycée)...


June Prune 28/09/2010 19:32



aaah l'angoisse des mut' !



Emma7842 27/09/2010 16:28


Courage,
C'est beau de lire l'amour que tu portes à ton métier, par les combats que tu engages. Je crois à l'importance des professeurs dans l'attrait d'une matière, tes élèves ont de la chance !


June Prune 28/09/2010 19:31



merci !