choix (2/3)

Publié le par June Prune

... La suite de mon article de lundi.

Je ne participe pas, au sein des syndicats enseignants, aux actions de défense du système scolaire français, ce qui ne m'empêche pas de refuser les propositions d'emploi d'Ac*d*m*a et autres boîtes privées, d'enseigner volontairement dans des établissements accueillant des populations défavorisées, de m'engager dans divers projets d'accompagnement complémentaires à la scolarité.

Je ne suis pas la seule. Nous serions des milliers à pouvoir écrire un paragraphe tel que le précédent. Et pourtant, là, ça coince. Ces choix, on nous les reproche.
Mes lecteurs habitués des ambiances de salle des profs, savent certainement ce que je veux dire si je parle de défiance envers les profs syndiqués ou non, qui refusent de suivre une délégation dans le bureau du proviseur pour annoncer le boycott de telle ou telle réunion. De défiance envers les profs syndiqués ou non qui se rendent à une réunion organisée par l'inspection sur la mise en place de nouveaux programmes. De défiance envers les profs syndiqués ou non qui font grève une fois sur deux seulement. De défiance envers les profs qui refusent de signer telle ou telle pétition.
Comment peut-on reprocher à quelqu'un ses choix militants ? ça me dépasse.

ça ne me dépasse pas tant que ça. Je sais, et je comprends qu'on puisse enrager devant l'immobilité qui nous entoure. Je ne le sais que trop bien quand je passe des heures dans le froid à tendre une pétition à des gens dont la seule préoccupation est de trouver le brunch le plus hype du quartier.

Mais le brunch le plus hype, ce n'est pas la seule préoccupation des profs, et c'est bien là toute la différence. Je suis persuadée qu'il n'y a pas un prof dans l'éducation nationale française, qui ne soit pas un minimum sensible aux questions d'éducation. Alors entre profs, il pourrait y avoir du respect, de l'ouverture à l'autre, de l'écoute, un effort de compréhension mutuelle. Cette recherche d'un climat serein sur des sujets aussi sensibles, c'est un peu ce qui m'a conduite à écrire ici.

... La suite et la fin dans quelques jours... avec d'autres réponses à la question : pourquoi j'écris ce blog ?


à propos de brunch, Café Mogador, 101 Saint Marks Place, New York, NY 10009.


Les conséquences nous feront dire : c'est con, c'est con.

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Mathieu L. 19/04/2010 11:48


C'est très compliqué, ce débat.

Finalement, en relisant bien ce billet, je suis assez partagé. La lutte, qu'elle soit menée par des syndicalistes ou pas, suscite de la passion et donc, des tensions. C'est normal. Je ne comprends
pas bien pourquoi tu le vis mal au total. Si tu assumes tes positions, ce n'est pas grave en soi. Je suis sûr que tu peux continuer à avoir des liens avec les grévistes.

Après, il y a un point que tu n'évoques pas du tout (pudeur ?), c'est la question des retraits sur salaire. Les collègues non-grévistes n'en parlent jamais, et à mon sens, ils ont tort, car cela
expliquerait bien des choses.


June Prune 20/04/2010 19:52



Je crois que ce qui me dérange le plus, c'est de ne pas pouvoir parler, échanger, débattre... Je m'entends bien avec tout le monde, mais je sens que certains évitent les conversations qu'ils
croient gênantes. Ou bien pour ne pas entrer dans le conflit (mais moi j'aime les conflits !! :-) ). Ou bien parce qu'ils refusent de discuter avec ceux qui ne sont pas "avec eux", qui ne valent
pas la peine (vraiment entendu !). Alors ça fait des "clans" comme dans la cour de récré. C'est tellement dommage.


Personnellement, les retraits sur salaire ne sont pas un de mes arguments. Je donne régulièrement pour diverses causes, et une grève me semblerait être aussi une contribution à un combat à
défendre, donc ça ne me pose pas de problème.


Il y a d'autres arguments que je n'ai pas développés dans cet article :


plutôt que perdre de l'argent, ce qui me gêne d'un point de vue perso, c'est de prendre du retard, ou bien sur mes cours, ou bien sur mon boulot personnel (préparations, copies...)


faire cours à des élèves de niveau faible (et qui ne peuvent pas se payer des cours particuliers) me semble souvent une priorité


j'ai l'impression à chaque fois que finalement les grèves ont été inutiles (je crois me souvenir d'après un de tes articles que cet argument t'agace ;-) )


les cours sont supprimés mais pas les bac blancs ou conseils de classe, qui sont déplacés... ce qui fait que la grève ne dérange vraiment pas grand monde, et qu'elle n'est presque pas visible des
parents ou potentiels futurs élèves (qui choisiraient alors de s'inscrire ailleurs, et là, ça poserait des pb pour l'établissement et dans le quartier, donc pour les élus, donc etc...)



C 16/02/2010 18:46


C'est en effet à peu près ca... 2 clans, dont un très syndiqué, et complètement hostile à la principale... des pb internes qui justifient selon eux qu'on fasse greve eninterne jeudi (tellement
facile, alors qu'il y a deja une grave académique, et que certaines de celles qui lancent cette grève locale ne travaillent pas ce jour là ) pour s'opposer à la princiaple... Donc si on est là
jeudi, ca voudra dire qu'on est pas solidaire et qu'on soutient la chef, hein?! bien suuuuuur !!!
Pfff ca me revolte... et la liberté de choisir de faire greve ou non? la liberté de ne pas vouloir prendre partie ni pour l'une ni pour l'autre? pfff......


June Prune 16/02/2010 19:40


Aaaah les deux clans... C'est partout pareil.
Moi au lycée je fuis les discussions sur les sujets chauds. Je me défoule en donnant mes opinions ici ! Dans la vie, j'adore les débats contradictoires, l'art de l'argumentation, les joutes
verbales, et les nuits à refaire le monde. Mais au boulot, on est entourés de gens complètement manichéens qui croient que si on n'est pas à la manif, alors on est gentiment naïf ou de droite. LOL
Ces gens sont non seulement bêtes, mais dangereux... dire qu'ils sont censés enseigner l'esprit critique à de futurs citoyens. Help !
Je me rassure en me disant que les élèves reconnaissent les profs qui s'occupent d'eux, pas ceux qui essaient de les embrigader, ou ceux qui font grève pour ne pas leur faire cours. Ils savent
qu'on est là pour qu'ils réussissent, et c'est le principal.


Philémon 14/02/2010 11:06


Le militantisme ne signifie pas systématiquement l'embrigadement...
On peut donner sans être encarté, on peut s'engager pour des causes tout en restant critique sur les moyens, on peut aussi ne rien faire et mettre simplement son bulletin dans l'urne...
On peut être sincère et droit, le reste importe peu.
J'ai jamais brunché. Suis-je normal ?


June Prune 16/02/2010 08:22


C'est exactement ce que je voulais dire !

Jamais brunché ????? Incroyable...