chacun son boulot

Publié le par June Prune

Je lis assez peu de blogs de profs.

Mais quand je tombe sur un article sur l'Education Nationale, souvent hébergé par un grand média (L*bé, Rue*89...), c'est toujours pareil, je ne peux pas m'empêcher de lire les commentaires. Et c'est toujours pareil, c'est désolant.

Il y a ceux qui critiquent ces fainéants de profs immobilistes, et ceux qui défendent ces profs courageux engagés dans leur vocation qui se sacrifient dans un désintéressement total.

Personne pour rappeler que les profs sont des travailleurs, des salariés. Et qu'il faudrait peut-être qu'on les aide à se poser des questions sur leurs conditions de travail avant de faire le boulot de leur direction, de leur inspection, avant de se former eux-mêmes avec des bouts de ficelle, de faire le boulot du service de ressources humaines, de donner leur numéro de téléphone personnel aux parents, de répondre à leurs emails professionnels le samedi à 16h32, d'assurer quand même un conseil de classe programmé un jour de grève.

Comme je l'ai dit vendredi, "ce n'est pas aux professeurs de trouver des solutions aux problèmes de gestion des ressources humaines dans l'Education Nationale". Bref, chacun son boulot.

 

Dans le cadre d'une mission un peu particulière à mon poste - dont je ne parle pas ici en détails par souci d'anonymat - je fais moi-même avec une petite équipe, sans rémunération particulière, l'équivalent de l'élaboration d'un programme officiel, c'est-à-dire le boulot au moins de l'inspection. J'y trouve mon intérêt quand même, raison pour laquelle je reste dans ce groupe de travail. Mais si nous continuons comme ça, ces "programmes" ne seront jamais élaborés de façon rigoureuse, relus, critiqués, modifiés. Et c'est toute une partie du système qui se décharge de cette responsabilité.

 

Allez, encore un exemple où, à première vue, je m'intéresse à mon intérêt personnel avant celui des élèves, justement parce que j'estime que ce n'est pas mon rôle :

J'ai arrêté depuis quelques années les voyages scolaires. Quand nous acceptons de travailler 24 heures sur 24 pendant plusieurs jours, avec des responsabilités très différentes et beaucoup plus importantes que d'habitude, sans rémunération, nous déchargeons le système d'une hypothétique obligation de moyens (pas nécessairement financiers) pour assurer aux élèves la sécurité physique, morale et affective indispensable pour un tel séjour.

Si plus personne n'organisait de voyages scolaires, on pourrait peut-être espérer une réaction des usagers du service d'éducation, donc une réaction des responsables de ce service d'éducation. Et si cette réaction n'avait pas lieu, on voterait mieux la prochaine fois.

 

Dans une entreprise quelconque, ce n'est pas aux travailleurs de défendre les intérêts des clients. Dans le cadre d'un service public non plus, ce n'est pas aux travailleurs de défendre les intérêts des usagers. Faire bien son travail, c'est assurer une partie du service, donc satisfaire une partie des attentes des usagers. Mais le travailleur n'est pas la seule composante de l'élaboration de ce service.

Chacun son boulot, et surtout chacun ses responsabilités.

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Ophélie 02/11/2012 14:11

Super de pouvoir relire tes coups de coeur et tes coups de g****e!!
je suis d'accord avec toi pour dire que ca n'est pas de ta responsabilité. Par contre, dans n'importe quelle entreprise, il est important que les emloyés s'occupent du client! Ne serait-ce que pour
donner du sens à leur travail! ... Et puis en tant que Cadre, nous ne sommes pas certes responsables de la totalité des actions... mais par contre il est de notre responsabilité d'alerter qui de
droit en cas de soucis / dysfonctionnement ou défaillance des actions...
Moi ce qui me choque le plus c'est que tu compares les élèves au clients d'une entreprise... pour moi les élèves ne sont pas les clients mais la matière première qui va devoir être "façonnée" par
les travailleurs-enseignants! Au final celui qui paie pour le service et qui est donc à mon sens le client, c'est la société...
Apart ca, prends surtout soin de toi...
Ps: moi non plus je ne suis pas sure d'être remplacée... ce sont mes collègues qui vont être contents!!!

June Prune 02/11/2012 21:23



Je ne compare pas tout à fait les élèves aux clients d'une entreprise. Oui tu as raison, le "client" est la société, je préfère le voir comme ça. L'élève (sa famille en fait) est un usager du
service public. Comme un voyageur de la sncf ou un patient à l'hôpital (quoique malheureusement on considère ces voyageurs ou ces patients de plus en plus comme des clients...).


En fait, il y a un tel manque de définition des responsabilités de chacun dans l'Education Nationale, qu'il faut à mon avis se protéger. Je dis peut-être ça car mon défaut principal au boulot est
d'en faire trop, d'être à la fois prof, assistante sociale, diplomate, autodidacte, RH, animatrice, juge, avocate...


En écrivant cette série d'articles, je me questionne sur les moyens de me protéger de cette schizophrénie et de décrocher du boulot quand je rentre chez moi (et 5 semaines après le début de mon
arrêt ;-) ).


Une des solutions, c'est de laisser chacun faire son boulot. Ce qui ne me pose pas de problème de conscience professionnelle, car je me connais, je connais mon engagement dans ce métier que
j'aime : je sais que je ne laisserai jamais tomber un élève en difficulté, que je ne laisserai jamais tomber non plus un élève sans difficultés, je sais que je ferai toujours mon travail aussi
bien que possible. C'est juste que je le ferai mieux si je me concentre sur mes propres responsabilités, et non si j'essaie de combler les manques du système.


Prends soin de toi aussi, prends l'heure à laquelle tu as droit (une demi-journée de temps en temps plutôt qu'une heure par jour, c'est possible ?), fais des siestes, etc !